samedi 5 septembre 2009

Le gouverneur de Provence

En tant que province frontalière et à façade maritime, la Provence était un gouvernement (une circonscription militaire) de première classe réservé aux personnes de la plus haute noblesse : princes du sang ou maréchaux de France. Le gouverneur est choisi et nommé dans sa charge par lettres patentes du roi dont il est le représentant direct dans la province. Une ordonnance du 31 mars 1635 fixe ses appointements annuels à 36.000 livres, plus 15.000 livres pour l'entretien de sa compagnie de garde. Il avait aussi le titre de lieutenant-général.

Véritable "vice-roi" dans la province, son influence sur la noblesse est considérable et ses fonctions sont avant tout militaires car il est chargé detenir le pays à eux commis en sûreté, le garder de pillerie et visiter les places fortes, mais au-delà du maintien de l'ordre et de la défense militaire du pays, ses pouvoirs sont bien plus étendus :

  • il commande les troupes stationnées dans la province pour assurer le maintien de l'ordre et la défense du pays
  • il reçoit les hommages et fidélités au nom du roi
  • il nomme à tous les offices militaires et judiciaires et en fixe les gages
  • il veille à la perception des droits dûs au Trésor royal
  • il peut aliéner le Domaine, confirmer et octroyer des privilèges
  • il convoque les Etats de Provence et les assemblées générales des communautés et détermine le montant des subsides à demander au Pays
  • il possède le droit de grâce
  • il nomme au bénéfices ecclésiastiques dont la collation ou la présentation appartient au roi
  • avec l'intendant il partage les problèmes des questions religieuses, du commerce, de l'industrie, des travaux publics, de l'approvisionnement et de la mendicité


Le premier gouverneur, Palamède de Forbin, agent personnel du roi de France en Provence, est nommé en 1481. Mais très vite, les pouvoirs du gouverneur entrent en compétition directe avec les attributions du sénéchal de Provence, ce qui provoque un conflit larvé entre les deux fonctions. En 1493, le roi décide de réunir les deux charges de gouverneur et de sénéchal entre les mains d'un seul homme, son représentant unique en Provence.

Durand les troubles des Guerres de Religion puis de la Fronde, le gouverneur usurpe des pouvoirs considérables qui finissent par représenter une menace pour la monarchie. Certains gouverneurs n'hésitant pas à prendre les armes contre le roi, la monarchie finit par les déposséder de toutes leurs prérogatives aux profits des intendants.
Le 16 octobre 1572, les fonctions de gouverneur et de sénéchal sont séparées.
En juillet 1594, une ordonnance réduit les compétences du gouverneur de Provence à ses seules fonctions militaires.
Le 30 octobre 1633, il doit partager avec le Parlement le droit de réunir les assemblées générales des communautés.
Le 8 mars 1635, une ordonnance royale lui retire le droit de grâce, l'annone, l'élection des conseils et les questions financières.

Après la Fronde, Louis XIV finit de lui retirer le peu de pouvoir qui lui reste : l'autorité directe sur les régiments et le maniement des fonds lui sont retirés, pour mieux le surveiller le roi le retient à la Cour ou l'envoie en commandement militaire. Sa présence dans sa circonscription est même soumise à autorisation expresse du souverain.
La charge de gouverneur est alors purement honorifique. Ses pouvoirs civils sont attribués à l'intendant et ses pouvoirs militaires au lieutenant-général.

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