dimanche 8 novembre 2009

Les frères Chastaing et la guerre de 14


Portraits des frères CHASTAING, Jean est à gauche, Théodore à droite.

Collection familiale

Je ne sais pas pourquoi, mais dans la famille peu de personnes se sont « illustrées » dans la grande Histoire. Même pour la Grande Guerre, qui toucha pourtant toute les familles de France, les Poilus sont rares. On était soit trop jeune, soit trop vieux dans la famille, à l’exception d’une seule famille, les CHASTAING.
Les CHASTAING sont originaires d’un petit village de Corrèze, Tudeils, non loin de Beaulieu-sur-Dordogne. Ce sont de simples cultivateurs. Aussi le trisaïeul, François CHASTAING, né de père inconnu en 1859, n’eut d’autre choix que de quitter son village pour travailler comme journalier à travers tout le sud de la France.
De son mariage en 1884 avec Françoise MARTY, une fille naturelle comme lui, il aura au moins six enfants, trois garçons et trois filles. Les trois fils de François CHASTAING et Françoise MARTY furent mobilisés dès août 1914. Théodore et Jean, n’eurent pas la chance de rentrer dans leur famille. Seul mon bisaïeul, Frédéric CHASTAING, mobilisé dans le Train, ne connut que trois mois de front.
Voici la chronologie des frères CHASTAING durant la Première Guerre mondiale.

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Théodore CHASTAING
Né le 3 décembre 1884 à Sainte-Eulalie (Cantal), il parcours avec sa famille tout le sud de la France, travaillant comme journalier comme son père. Il vit à Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône) lorsque le décret de mobilisation générale est promulgué.

2-5 août 1914
Suite au décret de mobilisation générale, Théodore CHASTAING rejoint son régiment, le 242ème, à Belfort.

6 août 1914
Le régiment est dirigé sur Mulhouse.

7 août 1914
il arrive à Galfingen.

10 août 1914
premier combat à Reiningen

13 août-1er décembre 1914
Le régiment organise les défenses autour de Belfort sur la ligne Thann-Dannemarle-vallée de la Largue.

1er-2 décembre 1914
combat du pont d'Aspach, reçoit l'ordre de s'emparer de la position allemande qui s'y trouve.

12 décembre 1914
attaque sans succès le Kalberg.

25-26 décembre 1914
nouvelle attaque sans succès contre le Kalberg.

26 décembre 1914-7 octobre 1915
Le régiment  occupe diverses positions sur le front alsacien.

7 octobre 1915
le régiment est retiré du front.

9 octobre 1915
Le régiment débarque à Ambérieu et Meximieux pour être rééquipé.

15 octobre 1915
le régiment arrive à Toulon et s'embarque sur le Burdigala.

21 octobre 1915
débarquement à Salonique (Grèce), bivouac à 4km au nord de la ville.

2-3 novembre 1915
Le régiment utilise la voie ferrée longeant le Vardar pour rejoindre le 244è posté à Krivolak (140km N.O. de Salonique).

4 novembre 1915
Le régiment prend position sur la rive gauche de la Cerna, affluent de droite du Vardar.

6 novembre 1915
Le régiment franchit le pont de Vosarzi et occupe les villages de Debrista, Kamendol et Merzen.

7 novembre 1915
Le régiment subit l'attaque de 2 bataillons Bulgares à Faris, il se replie sur les gorges du Rajec.

10 novembre 1915
Le régiment occupe des positions à Merzen soumises aux attaques Bulgares.

13 novembre 1915
sous la pression des attaques bulgares, le 242è se replie en évacuant Merzen. Il est relevé par le 148è.

14 novembre 1915
Le régiment quitte la région de la Cerna pour aller sur la rive gauche du Vardar à hauteur de Demir Kapou, sa mission est de protéger la voie ferrée longeant le Vardar, en tenant éloigné l'artillerie bulgare, pour faciliter la retraite de l'armée française.

19 novembre 1915
Evacuation de la Serbie. L'armée Serbe anéantie est obligée de se replier en Albanie puis à sur l'île de Corfou. L'armée bulgare concentre ses forces contre les 3 divisions françaises déployées sur un grand front. Le 242è assure le défilé de Demir Kapou le temps de la retraite.

6-7 décembre 1915
passage de la frontière grecque.

10 décembre 1915
Le régiment se porte sur le flanc droit de la 156è division, au N.O. du lac Doiran, découvert par le repli des Britanniques.

11 décembre 1915
combats de Furka

12 décembre 1915-28 mars 1916
de retour en Grèce, le régiment se retranche sur la rive gauche du Galiko, à 20km de Salonique.

29 mars-20 août 1916
reprise de l'offensive, quitte le camp retranché de Salonique et se porte au nord dans la direction de Krusa dans les Balkans.

20 août 1916
Le régiment se dirige vers les monts Belès marquant la frontière gréco-bulgare. Il y tient des positions dans les villages de Petka, Palmis, Sugovo et Matnica.

1er septembre 1916
transporté par voie ferrée dans la direction opposée, à la frontière albano-serbe, Le régiment opère dans la région de Monastir.

19 novembre 1916
l'armée bulgare bat en retraite, le 242è pénètre dans Monastir en début de matinée.

20 novembre-15 décembre 1916
violents combats au nord de Monastir.

15 décembre 1916-17 mars 1917
guerre de tranchées tout l'hiver.

18-19 mars 1917
reprise de l'offensive. Théodore CHASTAING est tué aux abords du village de Snegovo, au nord de Monastir, le 19 mars 1917.


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Jean-François CHASTAING
Né le 18 juillet 1894 à Saint-Crépin-et-Carlucet (Dordogne). Il vit avec sa famille à Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône) lorsque la guerre éclate.

5 septembre 1914
Jean CHASTAING est incorporé au 7ème Bataillon de Chasseurs à Pied

8 septembre 1914
Il arrive au corps. Après sa période d’instruction, il rejoint le Bataillon stationné dans la Somme.

25 septembre-11 novembre 1914
Première bataille de la Somme, stabilisation du front, début de la guerre de tranchées (402 tués ou blessés)

12 novembre 1914
après un repos aux Harbonnières, le Bataillon embarque à Villers-Bretonneux pour Poperinghe en Belgique. Il est déployé au sud d'Ypres jusqu'au 6 décembre.

6 décembre 1914-6 janvier 1915
le Bataillon n'est pas engagé et tient les tranchées à Mont-Saint-Eloi.

22 janvier-26 mai 1915 - combats de l'Hartmannsweilerskopf
De retour dans les Vosges depuis la mi-janvier, le Bataillon stationne à Cornimont.
Le 23 janvier, il reçoit l'ordre d'aller d'une compagnie du 28ème Chasseurs encerclée, puis de s'emparer du sommet de l'Hartmannsweilerskopf.
Deux premières attaques se concluent par des échecs. Le Bataillon se retranche alors solidement puis déclenche une série d'attaques les 27 février, 5 mars, 17 mars et 23 mars qui permettent une progression lente et laborieuse : lourdes pertes, privations de toutes sortes, chute de neiges et froid intense (jusqu'à -25°).
Le 26 mars, le Bataillon s'empare enfin du sommet, et fait une centaine de prisonniers.
Le 4 avril, il est relevé. Les combats de l'Hartmann ont fait 927 victimes, dont 244 tués.
Du 14 au 20 avril 1915 Bataillon occupe le secteur de Faux-Sihl et Rehfelsen.
Relève le 21 avril.
Le 28 avril 1915 Les Allemands ont repris le sommet de l'Hartmann. Le Bataillon reçoit l'ordre de reprendre le sommet. Il y reste jusqu'au 23 mai, malgré de lourdes pertes : 47 tués et 186 blessés.

23 mai-4 juin 1915
Le Bataillon est au repos.

4-21 juin 1915
combats de l'Hilsenfirst. Après diverses reconnaissances et préparations d'artillerie, le Bataillon se lance à l'assaut de l'Hilsenfirst le 14 juin. Lors de cette journée, Jean CHASTAING est légèrement blessé.

24 juin 1915-26 décembre 1915
Le Bataillon occupe les tranchées à Mattle et Fachweiler.

26 décembre 1915-8 janvier 1916
Le Bataillon relève le 28è Bataillon de Chasseurs à l'Hirtzstein où il soutient une violente attaque allemande début janvier.

12 février-21 avril 1916
Le Bataillon occupe de nouveau les tranchées de l'Hirtzstein.

21 avril-30 mai 1916
Le Bataillon occupe le secteur de Lingekopf.

2-24 juin 1916
Le Bataillon occupe le secteur des Lacs

24 juin 1916
Relevé, le Bataillon est transporté au camp de Saffais pour une période d'instruction et de réentrainement.

30 juillet 1916
le Bataillon est transporté dans la Somme.

18 août-12 novembre 1916
offensive de la Somme destinée à soulager le front dans le secteur de Verdun.

20 août 1916
Le Bataillon est engagé au sud de Maurepas. Violents tirs de barrages de l'artillerie allemande.

24 août 1916
attaque générale, le Bataillon perd les 3/4 de ses effectifs qui n'arrivent pas à atteindre les tranchées allemandes. C'est au cours de cette journée que Jean CHASTAING trouve la mort, tué à l'ennemi.

2 commentaires:

  1. Beaucoup de détails...
    merci, encore sébastien.
    J'aime beaucoup la photo, c'est très émouvant.
    j'ai moi aussi, perdu 2 ancêtres, tous deux frères CASTAING (pas chastaing),sur st chamas, pendant la guerre de 38/45.
    surian13

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  2. "VERRE D'EAU"

    On l'appelait ironiquement "Verre d'eau".

    Auguste était un vieil ivrogne sans nom.

    Hydraté dès le lever avec la pire des piquettes, la matinée se terminait invariablement dans une noyade de tonnerre et de feu, la grosse gnôle prenant vite le relais des p'tits canons...

    A travers cette voluptueuse agonie de sa conscience le buveur nageait, tour à tour hilare, hébété, larmoyant, dans ce qui semblait être son véritable élément : un univers sinistre d'amnésie tranchante et de gaité frelatée.

    Soixante-cinq ans que cela durait. Une existence entière vouée à l'ivrognerie la plus crasse.

    L'on s'étonnait d'ailleurs que "Verre d'eau" fût encore de ce monde après cette longue vie arrosée des pisses de Bacchus.

    Mais il était solide l'Auguste ! Faut-il qu'il y ait un Dieu pour les assoiffés sans fond... Il est vrai qu'il avait survécu aux tranchées de la "14". A le voir ainsi, lamentable, abreuvé d'indignité, dégueulant son ivresse, qui l'eût cru ?

    Après avoir traversé l'enfer de la Grande Guerre, qu'est-ce qui aurait donc pu l'abattre ? Pour ce passé héroïque on pouvait bien lui pardonner son vice, au vieil Auguste... Son statut de vétéran le maintenait malgré tout en estime dans le coeur de ses concitoyens navrés de le voir chanter ses "gnôleries" du matin au soir.

    Lui, ne parlait jamais des tranchées. Soûl à toutes heures de sa vie, comment aurait-il pu tenir une conversation cohérente sur quelque grave sujet ? Même lors des commémorations annuelles, il recevait l'accolade du maire l'haleine chargée de tous les alcools du diable... Se souvenait-il encore au moins de sa jeunesse dans la boue des combats ?

    "Verre d'eau" finit par mourir dans un dernier hoquet désespéré dédié à la vigne qui, depuis l'âge de vingt-deux ans, l'avait aidé à vivre.

    A oublier surtout.

    Il buvait comme un trou depuis l'âge de vingt deux ans... C'était en 1918, la fin de la guerre. Celui que désormais on allait bientôt surnommer malicieusement "Verre d'eau" venait d'être démobilisé. Vingt-deux ans et déjà toute l'horreur des tranchées dans le regard.

    Pauvre "Verre d'eau" ! Homme pitoyable, misérable, lamentable, mais surtout âme sensible brisée en pleine jeunesse, nul ne saura jamais son secret d'ivrogne.

    On inhuma bien vite le défunt sans famille.

    Nul ne sut que ce sobriquet de "Verre d'eau" sonnait aussi juste chez lui, deux syllabes lourdes comme le son du glas, sombres tel le chant fatal de l'airain...

    "Verre d'eau" : des sons clairs et sereins si proches des sons de l'enfer. Des sons qui, ironie du destin, rappelaient son drame, poignant.

    Car le drame de "Verre d'eau" c'était...

    Verdun.

    Raphaël Zacharie de IZARRA

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